Fractures de l’humérus proximal, du trochiter ou de la diaphyse, luxations, lésions tendineuses et disjonctions acromio-claviculaires : le mécanisme, l’examen et l’imagerie déterminent l’urgence et le traitement.
TRAUMATOLOGIE DE L’ÉPAULE
[tʁo.ma.tɔ.lɔ.ʒi də le.pol]—loc. nom. f.
DéfinitionUne même chute peut atteindre l’os, l’articulation, les tendons, les ligaments ou les nerfs. Le mot « traumatisme » n’est donc pas un diagnostic : il faut identifier précisément chaque lésion.
Ensemble des lésions aiguës de la ceinture scapulaire et de l’humérus provoquées par une chute, un choc, une traction ou un effort violent.
Une radiographie normale n’exclut pas toutes les lésions tendineuses ou labrales
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Du mécanisme au diagnostic
Une chute sur le moignon de l’épaule oriente vers la clavicule ou l’articulation acromio-claviculaire. Une réception sur la main peut transmettre l’énergie vers l’humérus proximal. Une traction brutale ou un effort de poussée peut léser la coiffe des rotateurs ou le grand pectoral. Après une luxation, une fracture du trochiter, une lésion labrale ou une rupture de coiffe peuvent être associées.
Consulter en urgence
Plaie, déformation importante, peau blanchie ou menacée, main froide, abolition du pouls, déficit neurologique nouveau, douleur incontrôlable ou traumatisme thoracique.
Ne pas réduire soi-même
Une luxation ou une fracture doit être examinée, avec contrôle neurologique et radiographique avant et après réduction.
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Radiographies, scanner, échographie ou IRM
Les radiographies de face vraie, profil scapulaire et profil axillaire — ou une incidence adaptée si la douleur empêche ce dernier — recherchent fracture et luxation. Un scanner avec reconstructions précise une fracture complexe, le nombre de fragments, l’orientation de la tête humérale et le stock osseux. L’échographie ou l’IRM étudient la coiffe et le long biceps ; l’arthro-TDM est utile pour certaines lésions labrales ou lorsque l’IRM n’est pas possible.
Le contrôle dans le temps compte
Une fracture initialement peu déplacée peut se déplacer secondairement. Les radiographies de contrôle sont adaptées à la stabilité du foyer, à la douleur et au traitement choisi.
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Fractures céphalo-tubérositaires de l’humérus proximal
Les fractures de l’extrémité supérieure de l’humérus représentent environ 5 à 6 % des fractures de l’adulte et deviennent plus fréquentes avec l’âge. Elles peuvent séparer quatre segments anatomiques : tête humérale, trochiter, trochin et diaphyse. La classification de Neer décrit des fractures en deux, trois ou quatre parties selon le déplacement ; la classification AO/OTA apporte une description morphologique complémentaire.
Le nombre de traits ne suffit pas : déplacement, comminution, vascularisation présumée, qualité osseuse et fonction antérieure guident la décision.
La majorité des fractures peu déplacées peut être traitée sans opération : écharpe antalgique, surveillance radiographique puis mobilisation progressive. La récupération est souvent longue, fréquemment de trois à six mois et parfois davantage. Une fracture très déplacée, instable, luxée, ouverte ou menaçant la peau conduit plus souvent à discuter une chirurgie.
Chez un patient jeune, l’objectif est autant que possible de reconstruire et conserver l’articulation. Chez une personne âgée présentant une fracture très comminutive et non reconstructible, une prothèse totale d’épaule inversée peut être proposée ; dans des indications plus rares, une hémiarthroplastie reste possible. Les essais randomisés, notamment PROFHER, rappellent toutefois que l’opération n’améliore pas systématiquement le résultat de toutes les fractures déplacées : l’indication doit rester individualisée.
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Fracture du trochiter
Le trochiter — tubercule majeur — reçoit l’insertion du supra-épineux, de l’infra-épineux et du petit rond. Une fracture non déplacée est habituellement traitée sans chirurgie, avec des contrôles car la traction de la coiffe peut déplacer secondairement le fragment. Lorsqu’il remonte, il peut gêner le passage sous l’acromion et modifier la fonction de la coiffe.
À gauche : fracture peu déplacée. Au centre : ascension sous l’action de la coiffe. À droite : principe de réduction et de fixation par sutures ou implants adaptés.
Un déplacement significatif — classiquement autour de 5 mm, parfois discuté plus tôt chez certains sportifs au-dessus de la tête — peut justifier une réduction et une fixation par sutures, vis ou petite plaque selon la taille du fragment. La réparation peut être ouverte limitée ou arthroscopique.
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Fractures du col et de la diaphyse humérale
Une fracture du col chirurgical appartient au groupe des fractures proximales. Plus bas, la fracture diaphysaire peut être transverse, oblique, spiroïde ou comminutive. De nombreuses fractures de la diaphyse consolident avec un traitement orthopédique bien conduit lorsque l’alignement est acceptable. Une chirurgie est discutée en cas de plaie, lésion vasculaire, polytraumatisme, impossibilité de maintenir l’axe, extension articulaire, pseudarthrose ou besoin fonctionnel particulier.
Selon le niveau et le trait : traitement fonctionnel, plaque vissée ou clou centromédullaire. Le nerf radial chemine au contact de l’humérus et doit être surveillé.
Avant et après tout geste, l’extension du poignet et des doigts ainsi que la sensibilité du dos de la main sont testées pour documenter le nerf radial. Une paralysie radiale initiale n’impose pas automatiquement une exploration ; le contexte de la fracture et son évolution orientent la conduite.
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Lésions associées : coiffe, pectoral, AC et instabilité
Traitement sur mesure : écharpe, sutures, plaque, clou ou prothèse
Le meilleur traitement n’est pas le matériel le plus sophistiqué, mais celui qui répond à la lésion et au patient. L’écharpe permet le confort et la protection initiale sans devoir immobiliser plus longtemps que nécessaire. Si une fixation est indiquée, elle peut associer sutures transosseuses, vis, plaque verrouillée ou clou centromédullaire. Une fracture articulaire irréconstructible chez certains patients âgés peut relever d’une prothèse inversée.
Objectif de l’ostéosynthèse
Restaurer l’anatomie utile, obtenir une stabilité suffisante pour mobiliser et respecter la vascularisation ainsi que les insertions tendineuses.
Limites et risques
Raideur, déplacement secondaire, défaut de consolidation, nécrose de la tête, infection, atteinte nerveuse, gêne du matériel ou nouvelle intervention.
Le choix entre plaque et clou dépend notamment du niveau du trait, de la comminution et de la qualité osseuse. Le choix d’une prothèse tient compte du stock glénoïdien, de la coiffe, des tubérosités, de l’autonomie et des besoins du patient.
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Kinésithérapie et auto-rééducation
La rééducation commence au rythme permis par la stabilité de la fracture ou de la réparation. Main, poignet et coude sont mobilisés précocement. Les pendulaires et la mobilisation passive de l’épaule sont introduits lorsqu’ils sont autorisés, puis viennent le mouvement actif, le contrôle scapulaire et le renforcement. Une fracture proximale peut demander trois à six mois de kinésithérapie ; force, endurance et confiance continuent souvent de progresser au-delà.
Ma fiche de récupération · après un traumatisme de l’épaule
Le compte rendu et les radiographies priment toujours sur un calendrier générique.
Phase protégée
Écharpe selon la douleur et la stabilité.
Bouger doigts, poignet et coude plusieurs fois par jour.
Glace protégée et position de sommeil adaptée.
Mobilité
Pendulaires puis élévation aidée si autorisés.
Travail de l’omoplate et du rachis thoracique.
Aucun mouvement forcé contre la douleur.
Force et retour
Mouvement actif puis résistance progressive.
Récupération du geste professionnel et sportif.
Retour au risque de chute après consolidation documentée.
Mobiliser sans déplacer : le protocole dépend du type de fracture et du montage.
Chez la personne âgée : rechercher la fragilité osseuse
Une fracture sur chute de faible hauteur peut révéler une ostéoporose. Une évaluation par le médecin traitant ou une filière fracture peut inclure ostéodensitométrie, recherche de facteurs de chute, activité physique adaptée et vérification des apports. Calcium ou vitamine D ne doivent pas être pris à l’aveugle : les carences et les besoins sont corrigés selon le bilan médical.
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Questions fréquentes
Toutes les fractures de l’humérus proximal doivent-elles être opérées ?
Non. La majorité des fractures peu déplacées relève d’un traitement orthopédique avec surveillance et rééducation. Une opération est discutée selon le déplacement, la stabilité, l’âge fonctionnel, la qualité osseuse et les besoins du patient.
Combien de temps faut-il porter l’écharpe ?
La durée dépend de la lésion et de sa stabilité. Elle sert surtout à protéger et soulager au début. Une immobilisation trop longue favorise la raideur ; le calendrier est donc individualisé.
Quand une fracture du trochiter est-elle opérée ?
Une fracture non déplacée est généralement surveillée. Une ascension significative du fragment, sa position sous l’acromion et le niveau d’activité peuvent conduire à proposer une réduction et une fixation.
Plaque ou clou : quel matériel est préférable ?
Il n’existe pas de réponse universelle. Le niveau du trait, la comminution, la qualité osseuse, les lésions associées et l’expérience de l’équipe déterminent le montage le plus adapté.
Pourquoi proposer une prothèse inversée après une fracture ?
Chez certains patients âgés, une fracture très comminutive ne permet pas une reconstruction fiable. La prothèse inversée utilise le deltoïde pour élever le bras et dépend moins de la cicatrisation parfaite de la coiffe, sans garantir une épaule normale.
La récupération peut-elle durer un an ?
Oui. La consolidation osseuse n’est qu’une étape. Mobilité, force et endurance continuent souvent de progresser pendant six à douze mois, parfois davantage après une fracture complexe.
Une question sur traumatologie de l’épaule ?
La décision thérapeutique dépend de votre situation clinique et fonctionnelle.