Dr BaumannChirurgie de l’épaule et de la main
FRENDE
FICHE PATHOLOGIE · ÉPAULE

Instabilité d’épaule

Une épaule qui se luxe, se subluxe ou donne une sensation répétée de déboîtement après un premier traumatisme. Le traitement dépend de l’âge, du sport, des lésions capsulo-labrales et des pertes osseuses.

Dessin anatomique graphite des lésions de l’instabilité antérieure de l’épaule : Bankart, bony Bankart, Hill-Sachs et HAGL

INSTABILITÉ D’ÉPAULE

[ɛ̃s.ta.bi.li.te de.pol]—loc. nom. f.

DéfinitionPerte du centrage normal de la tête humérale dans la glène, responsable d’une luxation complète, d’une subluxation ou d’une appréhension.

Le plus souvent, l’instabilité est la séquelle d’une première luxation traumatique puis de récidives.

Une pathologie anatomique, sportive et fonctionnelle — jamais une image isolée
Rédigé et validé scientifiquement par le Dr Quentin BaumannChirurgie de l’épaule · contenu révisé le 12 octobre 2026
01

Comprendre l’instabilité

Plus de 95 % des luxations gléno-humérales sont antérieures. La tête humérale quitte habituellement la glène vers l’avant et le bas : on parle de luxation antéro-inférieure. Les formes postérieures et inférieures sont beaucoup plus rares.

Après réduction, l’épaule peut redevenir stable. Elle peut aussi conserver une appréhension, une sensation de ressaut ou de déboîtement, une douleur à l’armé du bras, voire se luxer de nouveau. Dans les formes extrêmes, un geste banal — attraper un paquet de céréales dans un placard haut ou enfiler un pull — suffit à déclencher la sensation d’instabilité.

Dessin graphite d’une instabilité d’épaule lors de gestes quotidiens : attraper un paquet en hauteur et enfiler un pull
Une instabilité évoluée peut se manifester sans nouvelle chute, dans un simple geste au-dessus de la tête.
02

Sports et mécanismes lésionnels

Le mécanisme classique associe abduction et rotation externe forcées — la position dite ABER. Il survient lors d’un service ou d’un smash au tennis et au padel, d’un plaquage au rugby, d’une chute ou d’un bras bloqué au judo et dans les arts martiaux. Un traumatisme direct sur le moignon de l’épaule ou une chute sur la main peuvent également transmettre la force à l’articulation.

Triptyque graphite des mécanismes de luxation d’épaule au tennis et padel, au judo et au rugby
Tennis / padel : armé forcé en ABER · Judo : chute ou bras fixé · Rugby : contact, plaquage ou bras entraîné en arrière.
Facteurs prédisposants

Jeune âge, sport de contact ou de lancer, hyperlaxité, perte osseuse glénoïdienne, encoche humérale engageante, lésions capsulo-labrales étendues et antécédents de récidive augmentent le risque. L’épilepsie expose aussi à des épisodes violents, parfois postérieurs, et à des pertes osseuses importantes.

03

Les lésions et le bilan

La luxation peut arracher le bourrelet antéro-inférieur de la glène (lésion de Bankart), emporter un fragment osseux (bony Bankart) ou créer une impaction postéro-supérieure de la tête humérale (encoche de Hill-Sachs). Une lésion HAGL correspond à l’arrachement huméral du ligament gléno-huméral inférieur. Des lésions ALPSA, SLAP, cartilagineuses ou de la coiffe peuvent être associées.

Atlas graphite des lésions Bankart, bony Bankart, Hill-Sachs et HAGL de l’épaule instable
De gauche à droite et de haut en bas : Bankart, bony Bankart, encoche de Hill-Sachs et HAGL. Illustration pédagogique — l’imagerie du patient guide la décision.

Les examens utiles

  • Radiographies standardisées : face, profil scapulaire ou axillaire et profil glénoïdien de Bernageau selon le contexte ; elles recherchent fracture, encoche et perte osseuse.
  • Arthro-TDM : dans ma pratique, il est central avant une décision chirurgicale pour analyser le labrum, quantifier la glène et la tête humérale, et planifier la technique.
  • IRM ou arthro-IRM : utile dans certaines situations, notamment pour la coiffe, le labrum et les lésions associées, sans remplacer systématiquement le scanner osseux.

L’examen clinique apprécie l’appréhension, le recentrage, la translation, l’hyperlaxité, la force de la coiffe et le contrôle de l’omoplate. Les pertes osseuses sont raisonnées ensemble selon le concept de glenoid track : une lésion « off-track » n’a pas le même risque qu’une lésion non engageante.

04

Après une première luxation

Une première luxation doit être réduite, contrôlée radiographiquement et réévaluée. Le traitement est le plus souvent fonctionnel : écharpe antalgique et protectrice environ trois semaines selon le contexte, puis kinésithérapie pour restaurer la mobilité, la coiffe, les stabilisateurs antérieurs et le contrôle scapulaire.

La majorité des patients n’a pas besoin d’être opérée d’emblée. En revanche, promettre l’absence de récidive serait inexact : le risque dépend fortement de l’âge, du sexe, du sport, de l’hyperlaxité et des lésions osseuses. Chez un jeune compétiteur de sport de contact ou de lancer, une stabilisation précoce peut être discutée dès le premier épisode.

Après deux ou trois épisodes, ou en présence d’une appréhension invalidante, de subluxations, de douleurs à l’armé du bras ou d’une perte osseuse, l’indication chirurgicale devient plus fréquente.

05

Choisir une chirurgie sur mesure

Le choix ne se résume pas à « arthroscopie ou cicatrice ». Il associe l’âge, la pratique sportive, le niveau et le type de sport, l’hyperlaxité, le nombre de récidives, la qualité du labrum, la perte osseuse et les attentes du patient.

Le score français ISIS (Instability Severity Index Score), décrit par Balg et Boileau, prend notamment en compte l’âge inférieur à 20 ans, le sport compétitif, le contact ou l’armé forcé, l’hyperlaxité, l’encoche de Hill-Sachs et la perte du contour inférieur de la glène. Il éclaire la discussion mais ne remplace ni le scanner, ni le concept on-track/off-track, ni la décision partagée.

Bankart arthroscopiqueButée de Latarjet
PrincipeRéparer le labrum et retendre la capsuleReconstruire le rebord antérieur par la coracoïde
AtoutMini-invasif, respecte l’os, préserve une option de butée ultérieureStabilisation très robuste, particulièrement utile dans les profils à risque ou avec perte osseuse
LimiteRécidive plus fréquente si sport à risque, hyperlaxité ou défaut osseuxGeste osseux, cicatrice plus longue, risques de greffe et de vis
Retour au risqueCritères fonctionnels d’abord ; généralement autour de 4 à 6 mois selon le sport et la procédure
06

La butée antérieure de Latarjet

La butée de Latarjet est une technique française de référence. Par une voie delto-pectorale mini-open, une portion de la coracoïde avec le tendon conjoint est transférée au bord antéro-inférieur de la glène et fixée, dans ma pratique, par deux vis. Elle restaure le rebord osseux et crée un effet dynamique de hamac lors de l’armé du bras.

Dessin chirurgical graphite de la butée coracoïdienne de Latarjet fixée par deux vis
Butée coracoïdienne positionnée au rebord antéro-inférieur de la glène et fixée par deux vis.

Suites habituelles : écharpe environ trois semaines, mobilisation encadrée précoce, puis récupération progressive de l’amplitude et de la force. Un scanner autour du troisième mois peut contrôler la fusion de la butée avant d’intensifier les sports à risque. La reprise complète reste fonctionnelle et progressive, souvent entre quatre et six mois.

Risques spécifiques : hématome, infection, raideur et perte de rotation externe extrême, récidive, lésion neurologique rare, pseudarthrose ou lyse de la butée, malposition, irritation ou mobilisation d’une vis, et arthrose à long terme. L’objectif est une épaule stable et confiante ; aucune technique ne garantit une épaule identique à celle d’avant le traumatisme.

07

Le Bankart sous arthroscopie

Une caméra et de petites voies d’abord permettent de réinsérer le labrum antérieur et de retendre la capsule. Lorsque l’anatomie le permet, j’utilise des ancres souples FiberTak® (Arthrex GmbH). Le nombre et la position des ancres sont adaptés à la lésion, jamais imposés par un schéma standard.

Dessin graphite d’une réparation arthroscopique de Bankart par ancres souples FiberTak
Réparation capsulo-labrale arthroscopique : caméra, ancres souples et retension de la capsule antéro-inférieure.

Suites habituelles : écharpe trois semaines environ et kinésithérapie immédiate mais protégée. La sixième semaine correspond au début d’une récupération active plus large, pas à la reprise d’un sport de contact ou à risque de chute. Le retour au sport est guidé par la mobilité indolore, la stabilité, la force et la confiance, le plus souvent autour de quatre à six mois.

La récidive est globalement plus fréquente qu’après Latarjet dans les profils à haut risque. En revanche, l’intervention préserve l’os et ne coupe pas les ponts à une butée ultérieure si une récidive survient.

Risques spécifiques : récidive, appréhension persistante, raideur ou perte de rotation externe, douleur, lésion cartilagineuse ou problème d’ancre, infection ou atteinte neurologique exceptionnelle.

—

Les cicatrices

Comparaison graphite des cicatrices d’une butée de Latarjet mini-open et d’un Bankart arthroscopique
À gauche : voie delto-pectorale mini-open, habituellement 6 à 8 cm. À droite : petites voies arthroscopiques. La qualité finale dépend aussi de la peau et de la cicatrisation individuelle.
08

Instabilités particulières et solutions rares

Sujet plus âgé et coiffe déficiente

Chez certains patients plus âgés présentant une instabilité antérieure récidivante avec rupture massive irréparable de la coiffe mais une tête encore centrée, la technique de Trillat peut conserver l’articulation. Elle repose sur une ostéoclasie ou ostéotomie partielle de la coracoïde — et non de la clavicule — afin d’abaisser et médialiser l’action du tendon conjoint. L’indication est devenue rare et très sélectionnée.

Une prothèse totale d’épaule inversée peut être discutée comme solution de sauvetage chez un patient âgé avec destruction articulaire, perte osseuse ou coiffe irréparable. L’arthrodèse gléno-humérale est exceptionnelle, réservée à des échecs complexes lorsque la priorité absolue est la stabilité. Une méta-analyse consacrée à ces solutions rares est en cours avec la Paris Shoulder School.

Instabilité multidirectionnelle

Elle associe plusieurs directions d’instabilité, souvent sur hyperlaxité ou maladie du collagène. Le traitement est d’abord une rééducation prolongée du contrôle scapulaire, de la coiffe et de la proprioception. La chirurgie n’est envisagée qu’après échec d’un programme bien conduit.

Épilepsie et luxations volontaires

Les crises peuvent provoquer des épisodes antérieurs ou postérieurs et des pertes osseuses majeures ; le contrôle neurologique est indispensable avant une reconstruction. Les luxations volontaires demandent une approche multidisciplinaire : une intervention purement mécanique peut échouer si le comportement moteur persiste.

09

Kinésithérapie et auto-rééducation

Le compte rendu opératoire et les consignes personnelles priment toujours. Le calendrier ci-dessous donne des repères généraux après Bankart ou Latarjet ; il est adapté à la stabilité obtenue, aux gestes associés et au sport.

Fiche graphite des exercices à domicile après stabilisation de l’épaule
Protéger → mobiliser → renforcer → réentraîner. Plusieurs séances courtes dans la journée, sans forcer l’appréhension.
J0–S3

Protéger

  • Écharpe selon prescription ; main, poignet et coude mobilisés plusieurs fois par jour.
  • Contractions douces de l’omoplate, posture, marche et pendulaire seulement s’il est autorisé.
  • Pas de rotation externe pendant trois semaines, pas d’ABER, bras derrière le dos ni port de charge.
S3–S6

Récupérer le mouvement

  • Élévation aidée progressive, coude près du corps.
  • Rotation externe réintroduite doucement selon le protocole.
  • Travail scapulaire et contrôle actif sans mise en tension brutale.
S6–M3

Reprendre la force

  • Coiffe et stabilisateurs par élastique léger, d’abord coude au corps.
  • Proprioception, endurance et gestes du quotidien.
  • Pas de contact, chute, lancer puissant ni charge lourde.
M3–M6+

Réathlétiser

  • Progression vers les positions sportives, puis vitesse et opposition.
  • Après Latarjet, progression conditionnée par la fusion de la butée si un scanner est demandé.
  • Retour au risque seulement si épaule indolore, stable, forte et confiante.
Une séquelle possible

Une perte modérée de rotation externe, surtout en position d’armé extrême (RE2), peut persister. Elle est surveillée sans compromettre la stabilité par des étirements précoces trop agressifs.

10

Questions fréquentes

Une première luxation doit-elle toujours être opérée ?

Non. Le traitement est souvent fonctionnel, mais une chirurgie précoce peut être discutée chez un patient jeune, sportif de contact ou de lancer, hyperlaxe, ou présentant des lésions osseuses importantes.

Trois semaines d’écharpe empêchent-elles toute mobilisation ?

Non. Main, poignet et coude bougent ; l’épaule est mobilisée dans les secteurs autorisés. L’écharpe protège la cicatrisation et soulage, sans justifier une immobilité totale prolongée.

Pourquoi demander un arthro-TDM ?

Il analyse le labrum et la capsule, quantifie les pertes osseuses de la glène et de la tête humérale, et aide à choisir entre réparation capsulo-labrale, butée ou geste associé.

Bankart ou Latarjet : quelle technique est la meilleure ?

Aucune n’est supérieure dans toutes les situations. Le Bankart répare les tissus mous ; le Latarjet apporte une reconstruction osseuse et dynamique. Le bon choix dépend du patient, du sport et des lésions.

Puis-je reprendre le rugby ou le judo à six semaines après Bankart ?

Non. Six semaines correspondent généralement à une phase de récupération active, pas au retour au contact. Celui-ci est décidé sur des critères de mobilité, stabilité, force et confiance, le plus souvent autour de quatre à six mois.

Pourquoi un scanner à trois mois après une butée ?

Il peut vérifier que le greffon coracoïdien a fusionné et qu’il est correctement positionné avant une reprise plus intense des sports exposant l’épaule.

La rotation externe revient-elle complètement ?

Souvent elle revient très bien, mais une perte de rotation externe extrême en position d’armé peut persister. La rééducation cherche l’équilibre entre mobilité et protection de la stabilisation.

Peut-on opérer une instabilité sans vraie luxation récente ?

Oui, si l’examen et l’imagerie confirment une instabilité responsable d’appréhension, de subluxations ou de douleurs fonctionnelles malgré une rééducation adaptée.

L’épilepsie change-t-elle la stratégie ?

Oui. Les crises doivent être contrôlées au mieux avant chirurgie, car elles augmentent les contraintes, les pertes osseuses et le risque de récidive ou d’échec du matériel.

Quand reprendre la conduite ?

Après abandon de l’écharpe, arrêt des médicaments sédatifs et récupération suffisante pour tenir le volant et réaliser une manœuvre d’urgence sans douleur ni appréhension. Le délai est individuel.

Une question sur instabilité d’épaule ?

La décision thérapeutique dépend de votre situation clinique et fonctionnelle.

ME CONTACTER →

Où consulter ?

Consultations à Paris et en Seine-et-Marne